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2.8.2.d Quels sont les moyens de lutte préventifs contre le gel ?

La lutte indirecte

Les méthodes indirectes que l’on applique bien avant le danger de gel, parfois dès la plantation, sont vraisemblablement les plus économiques et les plus efficaces. Ces mesures concernent notamment :

  • Le choix de la parcelle : il faut éviter d’installer la vigne dans des zones gélives en évitant particulièrement les creux de terrain ou les fonds de vallon dans lesquels l’air froid s’amasse et stagne. La présence de haies d’arbres compacts ou de bandes boisées, en s’opposant à l’écoulement de l’air froid, peuvent augmenter le risque de gel. Parfois, la présence de végétation environnante peut aussi limiter le gel, cela dépend de sa position par rapport à la parcelle. Choisir une parcelle bien drainée ou réaliser les travaux de drainage aide aussi à limiter le risque de gel.

  • Les pratiques culturales et agronomiques : Pour les gelées printanières, implanter des cépages à débourrement tardif et élever la hauteur des souches. Réaliser une tonte avant le débourrement sur les parcelles enherbées. Tailler tardivement afin de retarder la date de débourrement. Il est possible de gagner jusqu’à une semaine entre une taille de novembre et une taille de mars. L’adage dit d’ailleurs « taille tôt, taille tard. Rien ne vaut la taille de Mars ». Il est aussi possible de retarder les opérations de pliage sur les tailles longues afin que le principe d’acrotonie retarde le débourrement des yeux de la base qui seront alors protégés en cas de gel.

La lutte directe

  • Le buttage : utilisé pour lutter contre les gelées hivernales uniquement, consiste à recouvrir de terre les ceps de vigne. Cette pratique est notamment largement utilisée dans les vignobles canadiens (Ontario, Québec), ainsi qu’en Europe centrale, en Chine, …etc.

  • L’aspersion d’eau : cette technique consiste à arroser la vigne sans interruption pendant la période critique, à l’aide d’asperseurs disposés tous les 15 à 20 m, afin que la température des bourgeons et des organes herbacés ne descende pas en dessous de 0°C. Il s’agit d’une méthode non polluante mais fortement consommatrice d’eau (environ 50 m3 par heure et par hectare). L’aspersion continue permet de créer une poche de glace autour du bourgeon sans que l’eau contenue dans les tissus de ce dernier ne gèle, c’est le principe de surfusion. Cela signifie que l’état d’une matière, ici de l’eau, reste en phase liquide alors que sa température est plus basse que son point de solidification, ici 0°C. Il s’agit d’un état métastable, c’est-à-dire qu’une toute petite perturbation peut conduire à la solidification de l’eau. C’est la raison pour laquelle l’aspersion est en continue. Ce système est très efficace, quelle que soit le type de gelée.

En revanche, il représente un coût élevé et demande une certaine technicité pour son déclenchement, qui lorsqu’il n’est pas pris au bon moment peut être pire que la non intervention en cas de gel. Il nécessite aussi la présence d’une grande réserve d’eau à proximité de la parcelle. Il est conseillé de déclencher l’aspersion à -2/-1°C humide. (Rappel : la température humide varie de la température sèche de l’air et est obtenue en prenant en compte l’humidité de l’air). Or, les premiers apports de l’aspersion ont tendance à s’évaporer (ils restituent de la chaleur en changeant de phase), ce qui cause un refroidissement violent qui peut détruire les bourgeons lorsque la température de déclenchement est trop basse. Il existe des tables de conversion température humide/température sèche qui permettent de lancer l’aspersion au bon moment.

Technique de l'aspersion. Source: Mon-viti.com
  • Le brassage d’air : cette méthode consiste à brasser l’air et à remplacer la couche d’air froid qui est au contact de la culture par la couche d’air plus chaud qui se trouve plus haut. Le matériel et la mise en œuvre coûtent très cher pour un relèvement de la température de l’ordre de 1 à 4 °C. Ce brassage souvent assez bruyant, peut être réalisé par hélicoptère ou par des hélices (protection d’une surface d’environ 4 ha par hélice). Cette méthode a également pour effet indirect d’assécher l’air et donc de baisser l’hygrométrie au niveau du sol et peut être combinée à un apport calorifique (les bougies par exemple) en cas de gel advectif.
Eolienne au Château Latour
  • La combustion de liquide : pulvérisation de fuel : il s’agit d’une canalisation enterrée reliée à des bruleurs disposés entre 180 et 200 unités/ha. Ce système est très efficace contre de fortes gelées mais montre des risques de pollution des sols et est fortement polluant de l’air.
  • La combustion de solides : les bougies permettent de réchauffer l’air avec une certaine efficacité jusqu’à -4 à -5°C, elles sont donc adaptées aux gelées blanches et inefficaces sur les fortes gelées (-6°C à -9°C). Il s’agit de bloc de paraffine pure ou d’un mélange de paraffine et de matériaux combustibles (sciures de bois, copeaux). La durée de combustion va en général de 7 à 12 heures et elles peuvent être placées à raison de 500 bougies par hectare. Les bougies de paraffine nécessitent de la main d’œuvre pour la mise en place et l’allumage. Ce système de protection est très polluant avec une empreinte carbone pouvant atteindre 15,8t CO2 eq par hectare et par an. La paraffine est une graisse minérale issu de l’exploitation du pétrole. Il existe aujourd’hui des bougies naturelles et renouvelables à la graisse animale (stéarine). Il existe aussi la combustion solide sous forme de bûches calorifiques, l’efficacité est limitée aux petites gelées et il s’agit d’un procédé de faible autonomie qui nécessite beaucoup de main d’œuvre.
Bougies pour lutter contre le gel en Bourgogne
  • La combustion de gaz : elle permet de réchauffer l’air par la combustion du propane et par effet de rayonnement dans l’infrarouge. Les brûleurs sont disposés entre les rangs de vigne à raison de 150/ha. Ce système est efficace et permet un gain thermique élevé (5°C) utilisable sur gelées humides de -7°C et sèche de -9°C. Ce système est très peu polluant (0,7 t CO2 eq ha/an), facilement automatisable et moins couteux qu’un système d’aspersion d’eau. Il existe aussi des brûleurs à gaz propane associés à un ventilateur qui projette de l’air chaud à 360°C. Ces machines qui peuvent être fixes ou placées sur un tracteur sont efficaces contre tout type de gel.

  • Fils ou câbles chauffants : ils réchauffent l’air uniquement à proximité des bourgeons dans un rayon de 5 à 10cm. Le coût d’installation est élevé. Ce système est efficace jusqu’à -5°C et automatique. Il doit cependant être adapté au type de taille avec une perte d’efficacité avec l’éloignement du végétal.

  • Autres méthodes alternatives : d’autres méthodes expérimentales peuvent être citées : les bâches antigel (non autorisées par l’INAO) ; la pulvérisation de substances élicitrice (PEL-101-GV) qui renforcent les défenses de la plante vis-à-vis du gel. Il s’agit d’une pulvérisation qui doit avoir lieu 6 à 12 heures avant la gelée, l’accumulation de glucose dans les feuilles abaisse le point de congélation. Ce système nécessite une vigne au stade de feuilles étalées et n’est donc pas fonctionnel pour des bourgeons justes sortis de la bourre par exemple. L’utilisation de bactéries antigel est aussi en cours de développement. Une nouvelle technique utilisant le principe de thermonébulisation arrive en France. Le principe consiste en la création d’un brouillard de gouttelettes ultra fines à 40°C afin de limiter les pertes thermiques du sol.

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